Terre, une invitation au voyage

Cuba, siempre !

Hugo Blondel
Cuba, siempre !

Plus souvent citée pour son histoire que sa nature sauvage, Cuba est un trésor des Caraïbes pour les voyageurs en quête de sentiers intimes et de rencontres sincères. Thomas Callens, responsable de la conception de nos voyages en Amérique du Sud, en est revenu conquis, pour la deuxième fois !

La Havane. Sur l'emblématique digue du malecón, les Cubains déambulent, se mêlant à quelques touristes venus s'imprégner de l'âme du lieu. Les façades colorées portent les stigmates des embruns et du temps qui passe. Ce front de mer en pleine ville est un passage obligé de tout voyage à Cuba.

Thomas Callens en est convaincu, c'est une destination à privilégier, encore aujourd'hui, pour sortir des sentiers battus : "Pour moi Cuba navigue à contre-courant des destinations très en vogue. On peut avoir l'image des plages avec des grands hôtels et des excursions organisées mais cela ne concerne qu'une toute petite partie, les cayos en l'occurrence", explique ce fin connaisseur de l'Amérique latine (les cayos sont des ilôts paradisiaques, ndlr). "C'est une destination qui a connu son heure de gloire mais dans laquelle les itinéraires bis à explorer sont encore nombreux", précise-t-il, en évoquant le parcours qu'il a suivi cette fois.

Dans la région de Vinales, la vie est restée rurale © Thomas Callens

Ruralité et paysages variés

Accompagné par un guide cubain francophone, son groupe a commencé par explorer la région de Viñales, à l'ouest, connue pour ses plantations de tabac organisées autour des mogotes, ces grands pains de sucre karstiques recouverts de végétation. L'endroit est réputé pour ses cigares. À quelques kilomètres à peine, se trouve une autre vallée : Pan de Azucar. "C'est un endroit similaire à Viñales mais ici on ne croise aucun touriste", sourit Thomas.

La suite du périple les mène à Mil Cumbres, une région vallonée de "mille collines" littéralement, puis une zone plus aride, Pinar del Rio, où l'on retrouve des pins "comme en Méditerranée". S'ensuit un voyage vers la baie des Cochons, célèbre pour le débarquement raté de la CIA en avril 1961, les villes coloniales de Cienfuegos et Trinidad, sur les pas de Che Guevara, les montagnes arrosées de Topes de Collantes et Remedios, dernière ville avant le retour à La Havane.

La ville de Trinidad et ses rues colorées ©JonArnold/hemis.fr

"Je n'imaginais pas un tel potentiel pour la randonnée", admet-il en décrivant les sentiers empruntés : "autour des champs, les chemins ruraux sont simples mais dès que l'on s'enfonce dans les reliefs, le terrain peut devenir technique avec des rochers irréguliers et de la boue selon la saison". À part dans les principaux lieux touristiques, les sentiers cubains ne sont pas balisés. Comme au lac Hanabanilla, une retenue artificielle isolée et tentaculaire, construite par Fidel Castro pour la production hydroélectrique. Ici les chemins sont implantés sur les crêtes et à 150 mètres au-dessus du lac, donnant des points de vue incroyables.

"La plupart de ces chemins ne sont pas proposés par les agences d'Etat cubaines et si nos équipes n'y allaient pas, alors ils n'existeraient pas", détaille Thomas. Vous l'aurez compris : partir avec un bon guide est essentiel dans ces régions, pour pouvoir vivre une itinérance sur quelques jours. Un bon chauffeur aussi. Tous les matins le leur s'entraîne à danser la salsa.

Casas particular

Au lac Hanabanilla, c'est Alexander, un docteur en mathématiques, qui a guidé leurs pas pendant deux jours. Faute de trouver un emploi dans un pays où les crises économiques se succèdent, il a commencé à travailler pour Fauna y Flora, l'équivalent de l'Office National des Forêts (ONF) français.

Barque sur le lac Hanabanilla ©JuliaNaether/AdobeStock

"Pendant deux jours il nous a transmis sa passion de la faune et de la flore avec des informations précises, des moyens mnémotechniques. Alexander est une encyclopédie vivante, c'est exceptionnel de vivre cette randonnée avec lui !", raconte Thomas. Chaque rencontre est marquante. Notamment avec leurs hôtes à la campagne. Lors des treks, fruits et jus frais attendent le groupe à l'arrivée. Les tentes sont installées chez des agriculteurs qui partagent leur quotidien avec les randonneurs.

"Les gens n'ont pas peur de parler aux touristes, les contacts sont sincères et souvent très faciles", confie-t-il. Sans oublier toutes les rencontres fortuites.

Les casas particular sont aussi des lieux de rencontre privilégiés. Pour Thomas, ces charmantes chambres d'hôtes aux couleurs locales offrent presque un voyage dans le temps : " À Trinidad, dès que nous avons engagé la conversation en espagnol avec les propriétaires, ils n'ont pas hésité à nous sortir leurs albums photos pour nous montrer toute l'évolution des travaux dans leur casa". Si le confort y est parfois simple, leurs murs, eux, sont chargés d'histoire, comme les rues dans lesquelles elles se trouvent. Depuis la découverte de l'île en 1492 par Christophe Colomb, plus de 500 ans se sont écoulés. Entre les bâtisses coloniales, l'architecture espagnole, les maquis de la résistance et les murs criblés par les balles... pour comprendre Cuba, il faut arpenter les villes.

Retour à la Havane. Toute l'équipe débriefe son expérience au coucher de soleil sur un toit-terrasse. Les carrosseries gonflées des voitures américaines sont bien rangées le long des trottoirs. Les places s'animent, l'air de la salsa berce les rues. Le tourisme s'est fait discret ces dernières années dans cet État communiste. Sans lui, Cuba a peu de ressources. C'est le moment d'y aller !

Les représentations de Che Guevara ponctuent le voyage ©Manon Le Pelley

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